DENISE LIOTÉ (déc 2010)
édité par la Galerie Gimpel & Müller

Ce livre présente une approche sensible des recherches picturales menées par Denise Lioté de 2003 à 2010.

Merci à Georges Coppel et Michel Ellenberger pour leurs textes. Merci à John Tyler Tuttle pour la traduction.

 


EXTRAITS DU LIVRE

Georges Coppel

« Élévation ? Profondeur ? Espaces ? Passant d'un mot à l'autre, l'univers du tableau reste inchangé comme les grandes lois de la nature le sont devant les changements des signes de représentation. Comme les déplacements des objets s'annulent devant ceux du photon. C'est à lui que Denise Lioté pense quand elle représente, de manière visuelle, des états de l'immensité et de l'infime. » - p.63


« J'observe le travail de Denise Lioté depuis longtemps : il m'étonne toujours davantage. Chaque tableau terminé semble être un aboutissement. La conception du suivant ne doit pas être un recommencement.Certains artistes ne travaillent plus et attendent qu'une nouvelle forme s'impose à eux. Denise Lioté est parfois tentée d'agir ainsi, mais elle sait que l'arrêt peut être irréparable. Alors elle se résigne à une action plus lente. Elle cherche, elle tente, elle expérimente jusqu'à ce que le tableau suivant soit à la fois différent du précédent et en profonde continuité de pensée avec lui. » - p.66

 

Michel Ellenberger

« Denise Lioté tend sur ses toiles un voile de pigments d'une légèreté aérienne, d'une infinie subtilité. Les yeux captivés par cet impalpable qui habite ces espaces, une sorte de parfum visuel, furtif, insaisissable dans l'atmosphère de l'oeuvre. Les nuances colorées ne s'y manifestent pas par le truchement d'objets visibles, mais par des vibrations légères, semblables au mouvement immobile de nuages floconneux par ciel couvert. Elles pourraient aussi évoquer les frémissements à peine visibles qui animent parfois la mer calme, lorsque affleurent à la surface des courants invisibles ou des ondulations d'algues sous-marines. Ciel trouble, mer assoupie... les métaphores peinent à dire l'indicible de la peinture de Denise Lioté. » - p.7

 

« Nous savons que la lumière visible est composée de vibrations de différentes fréquences, dont certaines traversent la couche des nuages qui en absorbent d'autres. Ces vibrations lumineuses traversant le monde, ce sont elles qui habitent les toiles de Denise Lioté. L'artiste nous invite à nous émerveiller de la beauté de la lumière. Elle nous rappelle que « nous ne sommes qu'un peu de chaleur solaire emmagasinée, un souvenir de soleil, un peu de phosphore qui brûle dans les méninges du monde », comme dit Cézanne. (...)

(...) Le monde qu'elle nous donne à voir est fait d'écarts et de rapprochements délicats entre ondes de fréquences voisines. Aucune fixité, aucune opacité dans ce monde. La fluidité des vagues colorées qui s'entremêlent dans une irisation diaphane.

 

« Quiconque s'enfonce dans les profondeurs de son art, en quête de trésors invisibles, travaille à élever cette pyramide spirituelle qui atteindra le ciel ». Cette maxime de Kandinsky pourrait avoir été écrite pour Denise Lioté. Arrivée au sommet de son art, elle va à l'essentiel. Elle nous fait découvrir avec la fraîcheur d'un premier regard l'harmonie du tout-vibration. Mais son regard dépasse de loin le visible. Ce n'est pas seulement la lumière qui est vibration. En deça et au-delà de ce qui est sensible à l'oeil humain, fluent les ondes qui composent toute la matière. Ce que nous donne à voir l'artiste dans ses tableaux, c'est une fenêtre sur la substance du monde. » - p.25-26